Emmanuel Macron : « On n’a pas envie de retomber dans ce qu’on faisait avant. » 


La restitution des œuvres africaines par la France, la coopération muséale et les initiatives de la France pour redorer le blason de la coopération culturelle avec l’Afrique étaient les thématiques phares de la table ronde ayant réuni le président Emmanuel Macron et des acteurs culturels africains au Sommet Afrique-France.   

Commissaire d’exposition indépendante, conservatrice de musée et productrice culturelle, la Camerounaise Koyo Kouoh était l’une des intervenantes de la table ronde consacrée aux questions de coopération culturelle entre l’Afrique et la France. Elle n’y est pas allée par le dos de la cuillère quant à l’actuelle coopération culturelle entre les deux parties. « L’Afrique est dans un mariage forcé avec la France depuis au moins 500 ans. Malgré ces 500 ans de mariage, nous sommes encore là à parler de possibilités de collaboration. Je trouve cela grave parce que le travail qui devait être fait depuis des décennies voire des siècles n’a pas été fait parce qu’il y avait un manque de considération et il continue toujours à y avoir un manque de considération d’un côté », regrette-t-elle.   

Si la France dans cette coopération a organisé des événements comme Africa 2020, qui met en exergue la création africaine en France, elle pense qu’on devrait s’en arrêter là : « Je ne voudrais pas que la coopération culturelle entre la France et l’Afrique, son ancienne colonie, soit seulement un acte spécial, mais une démarche permanente. »  

Aussi, selon elle, les collaborations ne se font pas ex nihilo : « Elles se font par intérêt et quand je parle d’intérêt je parle de connaissance, de proximité, de recherche et d’approche », justifie-t-elle. Au-delà de l’Africa 2020, Koyo Kouoh estime qu’il est urgent de travailler sur le soin qu’elle appelle la considération entre deux partenaires : « Notre imaginaire a été violé et continue d’être violé, on doit le panser et récupérer cet imaginaire d’une certaine manière et le partager avec le monde. » 

Revenant sur ce mariage forcé et sur le temps perdu, Emmanuel Macron propose de quitter « ce face-à-face et ce dos-à-dos » et d’avancer ensemble. Il reconnaît que certaines blessures ne peuvent être effacées, mais qu’il faut aller de l’avant en commençant par la restitution des œuvres africaines, une décision qui a été prise en 2017 à Ouagadougou au Burkina Faso et qui, selon lui, est en train de se mettre en place. « On a commencé le travail des restitutions et il va se poursuivre. À la fin du mois de novembre, on va rendre 26 trésors au Bénin. Le président du Bénin sera là. C’est un vrai travail de restitution, mais aussi de vraie coopération scientifique et artistique qui a été fait de part et d’autre. On l’a fait avec le Sénégal, on le fait avec le Bénin, on le fera avec la Côte d’Ivoire et d’autres pays suivront toujours dans cette même dynamique », promet-il.

Toutefois, outre cette restitution, M. Emmanuel Macron souhaiterait qu’il existe un universalisme et un dialogue artistique entre l’Afrique et la France : « Je pense qu’il est très important qu’il y ait des œuvres d’art africaines dans les musées français et de grandes œuvres d’art françaises dans des musées africains. »

Selon lui, on doit laisser le passé au passé et se projeter vers l’avenir : « Allons-y tous ensemble : la restitution, la coopération… on n’a pas envie de retomber dans ce qu’on faisait avant parce ce qu’on a appris de ça », a conclu le président Macron.

Sans risque donc de se tromper, l’on peut affirmer que l’Afrique et la France entrent dans une nouvelle ère de coopération culturelle et artistique. 

Youssouf Koné

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