In memoriam : Tata Bambo, la diva du mariage d’amour


La cantatrice malienne Fatoumata Kouyaté, affectueusement surnommée « Tata Bambo », est décédée le lundi 14 juin 2021 à 71 ans. Son titre « Bambo », qu’elle porte en surnom et qui se dresse comme une dénonciation du mariage forcé, est en passe de rester gravé dans la mémoire collective. 

Le Mali perd l’une des ambassadrices de sa musique et de sa culture en général. Le décès de Tata Bambo survenu lundi a laissé plus d’un Malien sous le choc. Celle qui avait été propulsée au-devant de la scène musicale vers les années 60 grâce au titre « Bambo », est devenue aujourd’hui un symbole du mariage d’amour au Mali. « Allahou Akbar, toute âme goûtera à la mort. Tu as servi ce pays. Tu as été un exemple ... Nous prions pour le repos éternel de ton âme » a posté l’artiste Safi Diabaté sur Facebook.       

Éloignée de la scène ces dernières années la suite de maladies récurrentes, la dernière grande apparition de Tata Bambo remonte à 2017 lors de cérémonie de décoration des artistes maliens en compagnie d’autres icônes comme Kandia Kouyaté, Ami Koïta Fissa, Maiga Nahawa Doumbia, Boncana Maiga, Cheick Tidiane Seck et Kassé Mady Diabaté.  

« En 1962, Modibo Keïta a voulu inscrire le Mali dans un nouveau paradigme social avec le code de la famille. Au vu de la réalité sociale de l’époque, c’était une révolution. Le nouveau code permettait le mariage d’amour. À une époque où quand, par exemple, une famille griotte demandait en mariage une fille dans une famille non griotte, ou vice-versa, cela pouvait conduire à un crime d’honneur. Comment lancer un tel débat dans une société si conservatrice ?

C’est là où le président Modibo Keïta et ses conseillers ont eu du génie. Ils ont écrit une chanson : Bambo. Ce qui a permis d’identifier une jeune star en devenir : Fatoumata Kouyaté. Ils en ont fait une star : Tata Bambo Kouyaté. Ils lui ont fait interpréter la chanson bambo qui est aujourd’hui inscrite dans l’histoire de l’art malien à jamais » apprend-on de l’opérateur culturel Alioune Ifra N’Diaye en hommage à l’illustre disparue née en 1950 à Bamako.

Membre de l’Ensemble instrumental du Mali où elle côtoie Amy Koïta, Oumou Kouyaté, Dipa Kouyaté, Wandé Kouyaté et le groupe Korossé Koko, c’est en 1978 que Tata Bambo décide de faire une carrière solo qui la mènera aux quatre coins du monde. Mais il faudra attendre 1984, pour écouter son premier album, « Jatigui », dédié à ses bienfaiteurs. Elle en réalisera plusieurs autres et posera son immense voix sur des musiques d’artistes d’horizons divers.

Tata Bambo range le micro pour toujours mais sa belle voix et ses chansons pleines de conseils sont un héritage inestimable pour les mélomanes de la musique mandingue.

Dors en paix chère artiste !  

Youssouf Koné

Crédit photo : Gielen

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