« Sans les Africains, la France n’existerait pas aujourd’hui. » Adam DICKO qui rafraîchit la mémoire de MACRON lors du nouveau sommet France-Afrique


Inédit ! c’est le qualificatif qui correspond le mieux pour décrire le 28e sommet Afrique-France, non seulement parce qu’il enregistre l’absence des chefs d’États africains pour la première fois depuis 1973, mais aussi pour l’occasion qu’il a donnée à la jeunesse africaine d’exhiber de long en large la porosité entre la France et l’Afrique en fixant droit dans les yeux le président français, un acte que peu de chefs d’État auraient osé, selon plusieurs observateurs.

« L’Afrique n’est pas un continent de misère ou de chômage, mais un continent jeune, optimiste, enthousiaste. » Cette citation a bien été démontrée par son auteure : habillée en bogolan, aux boucles d’oreilles colorées en vert, jaune et rouge, la jeune activiste malienne Adam DICKO s’est adressée ainsi au président MACRON.

En effet, à Montpellier, où s’est tenu le « nouveau sommet » qui a pour vocation de donner la parole aux sociétés civiles et à la jeunesse africaine, 11 jeunes s’étaient trouvés face au chef de l’Élysée dans un débat sans gant. C’est dans ce cadre que la présidente de l’Association des jeunes pour la citoyenneté active et la démocratie, et non moins une représentante de la société civile malienne à la rencontre de Montpellier, Adam DICKO a axé essentiellement son intervention sur la coopération entre les pays sahéliens et la France, surtout l’intervention militaire de cette dernière dans la guerre contre le terrorisme. « Monsieur le président, vous aimez dire que vous êtes au Mali pour aider le Mali, que si vous n’étiez pas venus au Sahel, il n’y aurait pas de gouvernement actuellement au Mali. J’ai envie de vous dire que si ce n’était pas grâce aux Africains, il n’y aurait pas de France aujourd’hui… nous sommes liés. Arrêtez de dire que vous êtes venus nous aider, le terrorisme ne menace pas que le Mali, vous êtes aussi menacés… » a-t-elle déclaré devant un public fougueux, qui n’a pas cessé d’applaudir la jeune activiste tout au long de son intervention. 

Au sujet de la « rupture » entre la France et l’Afrique tant débattue ces derniers jours sur les grandes tribunes du continent noir, surtout au Mali, Adam DICKO estime qu’elle était déjà voulue par les jeunes Africains et que ce n’est pas à Montpellier qu’elle sera décidée. Ce sont « les cris du cœur de jeunes Africains, la rupture complète de cette posture paternaliste, la rupture de ce regard sur l’Afrique qui n’est pas un continent de misère, de chômage ou de maladie, mais un continent de jeunes, de ressources, d’optimisme, d’innovation », ajoute-t-elle.

En outre, les 10 autres jeunes Africains venus représenter le continent ont quant à eux lavé les dessous de la France-Afrique au même titre que la présidente de l’AJCAD. Parmi ceux-ci, Edaa KOAMA, une jeune entrepreneure burkinabé a déclaré face au président français : « Si les relations entre l’Afrique et la France étaient une marmite, elle serait sale. Je vous demande de la récurer. Si vous voulez préparer un repas là-dedans, je ne mangerai pas, l’Afrique ne mangera pas plus. Le repas sera prêt, vous serez le seul à table. » Si la Malienne Adam DICKO s’est intéressée aux questions du terrorisme, la représentante du pays des hommes intègres a préféré la question de l’aide au développement : « Ce type d’aide rend esclave. Ça fait près d’un siècle que l’aide au développement se balade en Afrique, ça ne marche pas. » « C’est fini les expressions “sauvons l’Afrique”, c’est fini, monsieur le président. Je vais vous proposer des actions concrètes. L’AFD fête bientôt ses 80 ans, changez le nom, changez la forme », a-t-elle suggéré.

« La France doit demander pardon au continent africain pour les crimes de la colonisation. »  

Le président MACRON n’a d’ailleurs pas fini de recevoir des uppercuts de la part des Africains du 21e siècle. La présence de l’activiste sénégalais Cheikh FALL n’est pas passée inaperçue aux yeux des 3 000 participants de la rencontre et des téléspectateurs à travers le monde. L’activiste exhorte l’ancien colonisateur à « demander pardon au peuple africain pour les crimes de colonisation ». Plus loin, il demande à la France de « cesser de coopérer et de collaborer avec ces présidents dictateurs », avant d’ajouter : « Programmez un retrait progressif et définitif de vos bases militaires en Afrique. »

Somme toute, Emmanuel MACRON a certes exclu les présidents africains de ce sommet, mais il n’a pas été déçu de l’invitation de la jeunesse africaine. Les recommandations ont-elles été entendues ? Le « OUI » va certainement remporter la réponse à cette question. Seront-elles appliquées ? Un petit point d’interrogation reste en suspens.

Abdoulaye Konimba KONATÉ

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